Note de travail 2014

Notes prises en rapport avec les films réalisés à Colmar dans l’ancienne piscine municipale construite au début du 20e siècle. Dans ce lieu en attente de réhabilitation pour accueillir les collections contemporaines du Musée Unterlinden, j’ai suivi pendant un an, les mouvements de la lumière dans le bâtiment et plus particulièrement dans le bassin de la piscine.

A notre dimension, nous sommes toujours en retard sur la lumière, nous restons figés sur l’objet qu’elle fait apparaître sur son passage. La lumière ne bascule jamais dans le passé où alors seulement sous la forme d’un spectre, une trace laissée aux confins de notre univers par la soudaine lenteur de son passage dans la lumière des étoiles mortes.

Trouver la relation entre une forme et son passage dans le temps.

Un mouvement de la lumière comme une respiration qui nous parvient. Une énergie que la vitesse extrême de la lumière semble immobiliser pour permettre le mouvement de notre propre respiration.

Il y a dans le mouvement de la lumière que le corps ne peut accompagner, comme un envol qui déplace l’apparente immobilité de l’espace, une dilatation plus ou moins lente, une porosité entre la matérialité de l’espace dans l’apparition des choses et l’impalpable de la lumière.

La lumière n’a pas de fonction à l’intérieur de l’espace. Elle est une respiration qui maintient dans le monde un écart et une intimité entre les choses. Une dilatation/contraction qui nous confronte à une altérité absolu et nécessaire à l’équilibre du corps.

Ressentir le plissement de la lumière sur l’espace et les objets qu’elle traverse c’est comme entendre un murmure à peine audible qui vient jusqu’à nous dans la commune gravité de la lumière et du corps.

Il y a des forces de gravité dans la lumière.
Faire l’expérience de la lumière, c’est faire l’expérience de cet espacement et tenter de s’y maintenir dans la fulgurance du mouvement qui le crée.
Se maintenir dans la plénitude de l’intervalle, comme dans la rétention du souffle lorsque l’immobilité du corps est nécessaire.

Propension de la lumière à se déployer infiniment en dilatant au passage la matière qu’elle traverse.

La lumière a une dimension purement verbale, elle n’est que mouvement. Comme dans le langage où au commencement était le verbe, c’est la lumière qui est première pour notre regard, puis viennent les formes. La lumière comme le moment le plus actif du monde vivant.

Dans le mouvement de la lumière, il y a un espace toujours ouvert qui se déploie dans l’interstice, aussi infime soit il, de l’espace qu’elle traverse.

La lumière ouvre l’espace et dilate notre regard au delà des objets qui maintiennent l’espace dans son point de fuite.