la dentellière

Je marche sur de la dentelle.
Utérine, elle quitte ma maison.
Sang sur les pieds.
Bitume entaché.
Pont de javel,
Sans âme accoudée,
Regard sur la scène,
De l’œuf inconnu.
Passager des aveux,
foulé aux pavés,
Ce clandestin
n’a pas tenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eau salée

 

Loupe aux lignes de ma main, l’eau, retenue en coupe, glisse trop rapidement le long de mes doigts.

C’est un voyage en fuite vers le siphon du devenir; ma paume reste impuissante.

Lecture oubliée du temps présent, mon destin se noie au zinc du déchiffrage.

En suicidé du sablier,

Mon horizon écope le vague de ce raz- de-marée.

Belle nature aux flots de mon ambition, l’avenir n’y pourra rien changé.

Ma naufragée, saveurs d’embruns,

Bois la tasse et passe ton chemin.

poésie de l’origine, ce qui me reste du public 1

Poésie de l’origine, écriture – performance, Aurore Laloy

Je serai le public du public de performances en direct du Générateur à Gentilly pendant la rencontre de la performance www.frasq.com. Mon texte sera écrit en direct, publié sur le site de Lepiphyte et projeté simultanément sur le mur dans le hall du Générateur :

poesie de l'origine 14 oct 2016

Vous pouvez commenter en direct depuis votre ordinateur, ou entrer dans mon texte en étant public des performances :

poesie de l'origine pendant Thomas Schlesser 2 -14 oct 2016

Vendredi 14 octobre :
In Memoriam : 10 ans/10 heures – Thomas Schlesser / Performance
apres thomas schlesser 14 oct 2016

Vendredi 21 octobre :
L’Origine du Monde – Catherine Froment / Performance
Réel Machine – Nadia Vadori & Le Corps Collectif / Performance
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femme traversée
machine à transcrire les pensées
d’où jaillit le souffle
pour déborder vers quel trou
la poésie est la voix donnée
mais par qui
le chant du chaos qui s’entrechoque dans une tête
peut-on sculpter un ébranlement
que ferais-je sans mes mains
mon oeil
la pensée est-elle fécondante
et s’il n’y avait rien
miroir sans tain
la graphomanie qui se tait
qu’est-ce qui restera
la beauté du fugace
à quel moment le public du public devient privé
la trace d’une frontière entre l’intime et l’instant
est-ce que tout corps est une force agissante
même en silence
même mort
et si l’ordi plante
et si le public entre en contact avec moi
sans ma trace existe-t’il
suis je l’archéologue
j’interviens deux fois
Courbet toujours au centre des questionnements
comme un nombril du monde
de l’art en tout cas
le public d’un homme
le public d’une femme
le quatorze
et le vingt-et-un

poésie de l’origine, pré-texte, mercredi 12 octobre 2016, aurore laloy
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Vendredi 14 octobre 2016, 19h04, ouverture des grandes portes du Générateur donnant sur la performance In Memoriam : 10 ans/10 heures de Thomas Schlesser. Crédit photos / Josselin Carré / Aurore Laloy Service des urgences Poétiques 2016

19h04 « Oh pardon, excusez-moi »
la voix d’une femme haute pénètre l’espace assombri
en s’absolvant d’entrer une autre la suit cortège de voix
s’avançant à pas feutrés jusqu’aux mousses en tissu
/// le public se déclare hautement disculpé
à gauche juste en face de moi elles ne m’ont pas encore vue
tapie en fond je peux sentir leurs souffles
de la pièce leurs présences ont modifié l’atmosphère
elles se ploient en même temps chorégraphie étudiée
il s’agit probablement de deux danseuses
ou alors leurs corps se sont déjà unis auparavant
leurs mouvements gracieux et beaux respirent en rythme
de plus en plus doucement trois autres corps
ont visé une mousse également
/// le public est maintenant masse noire
têtes assises et d’ombres dodelinant aux anecdotes
se déroulant de la bouche du performeur
Thomas Schlesser lui-même assis depuis cinq heures
sur une ottomane couleur moutarde
figure proustienne magistrale et crépusculaire
s’acculant à éculer toute sa dernière décade
incitant malgré lui le public à retenir sa respiration
/// comme enclin au déclin de son propre souffle
c’est du moins l’observant la première sensation qui me vient

19h14 entre maintenant une ombre presque équine
forme bicéphale recroquevillée et en reptation vers le centre
une femme tête baissée tenant la main d’une petite fille
donnant une ampleur démesurée à la gigantesquerie du lieu
transformé en palais viscontien
par la seule présence d’une ottomane en son creux
/// le public est une petite fille qui parle avec la grande voûtée
je n’entends pas ce qu’elle dit elle a une voix hantée
je ne parviens ni à entendre la question ni la réponse
j’aimerai quand même vous le dire je vais peut-être
tenter une approche aller écouter de plus près
ah elles ressortent finalement la petite fille aura eu soif
mais son court passage aura subrepticement fait par contraste
apparaître le grain plutôt feutré de la voix du performeur
je me demande quel est l’effet de cette voix sur le public
une autre femme entre temps est arrivée
elle est venue s’asseoir à un mètre de moi
/// tous les autres corps du public entré en ont profité pour s’allonger
dans la pénombre du Générateur
– sauf le projecteur sur Thomas Schlesser –
peut-être cette voix est allongeante
cette voix qui elle-même allonge des souvenirs dans l’ombre
qui me fait remonter celle de mon oncle venu parfois
me narrer des histoires pour peupler mes rêves
/// le public est toujours une petite fille donc
cette fois allongée et écoutant son oncle dans l’antichambre de l’onirie

credit-josselin-carre3

ah une femme se lève j’ai vu son corps réagir au mot « Cordoba »
il est 19h29 elle a commencé à déplacer son corps doux dans l’espace
cette femme aura t’elle une action à mener
un tango à danser avec les anecdotes
une correction
une glose
une redirection
une incision
une amputation
une incitation
/// public palimpseste vs public psychanalyste
et puis non la femme sort de la salle
éteignant tout espoir d’insurrection
ah mais si il s’est passé quelque chose
les mouvements de cette femme ont destabilisé
le débit de la parole de Thomas
ou alors c’est sa mâchoire qui commence à fatiguer
Thomas qui je le rappelle est installé
depuis cinq heures trente maintenant
déjà en état de lègère ivresse d’avoir parlé si longtemps
en litanie de sa biographie depuis 2006
tentative post-oulipienne de recensement et d’épuisement à la fois
de sa propre mémoire déroulant ses « Je me rappelle »
à la manière des «  Je me souviens » de Georges Perec
plus son débit ralentit plus les mots butent au frottement de ses lèvres
/// plus le public est concentré tous sont maintenant allongés
ah non certains se sont rassis j’ai presque envie moi aussi
d’aller m’allonger près d’un des corps doux du public
/// ne plus être public du public mais seulement public moi aussi
surtout qu’un des corps vient de s’allonger sur le ventre
tant de liberté me fait du bien me fais sourire même
c’est le moment où Thomas Schlesser relate un souvenir où il pleure
et moi je souris comme une idiote
j’observe l’effet d’un souvenir de pleurs sur les corps du public
/// le public est-il empathique ce soir
j’ai appris récemment que la faculté d’empathie était liée
à la régulation de certaines hormones à travers l’hypophyse
/// le public a l’air d’avoir la glande plutôt équilibrée

19h34 je distingue une silhouette non-inconnue
il s’agit du maître des lieux qui se dirige vers moi
le peintre Bernard Bousquet et mari d’Anne Dreyfus
venu s’assoir à mes côtés et m’embrasser
son geste m’oblige à déporter quelques secondes l’attention de mon clavier
il me demande ce que je fais
je lui dis que je décris d’écrits le public et mon privé
j’aime bien ça être perturbée être arrêtée dans mon flux mental
je me demande si Thomas aimerait aussi être perturbé
ne serait-ce que pour avoir le luxe de lutter en soi
pour retrouver le fil funambule du récit
reprendre en main son propre équilibre
deux autres corps sortent l’un me salue je ne vois pas qui c’est
je cherche à reconnaître sa démarche lente et majestueuse comme
je dirai comme une méduse qui nage dans l’océan
avec un léger bruit de claudication amplifié par
ce son si particulier aux semelles en plastique des baskets
deux autres personnes entrent en fracas
l’une va directement déplacer la caméra
son corps est baraqué ce doit être Josselin Carré
l’homme qui filme la performance oui il déplace la caméra
de quelques mètres et s’installe juste derrière
voilà qu’il s’allonge lui aussi
définitivement la voix de Thomas est propice à renverser les abscisses et les ordonnées
la voix comme tentation est ce qui nous est enseigné dans l’Odyssée d’Homère
quand le chant les sirènes poussent les compagnons à sauter du bateau malgré eux
la voix de Thomas fait-elle sauter des bateaux des conventions ?
à ce moment précis la voix cogne sur un souvenir totalement inintéressant par exemple
/// d’ailleurs le public de danseuses à gauche ont renversé leurs corps
tête à l’envers et jambes vers le haut

glousse maintenant à cette anecdote au sujet d’un petit ordinateur asus
ce public avant de venir je dois avouer que j’avais
peur qu’il m’agace contraint dans ses automatismes
mais finalement comment ne pas être touchée par
/// ce public qui glisse et glousse même si passif et coulant
une femme avec un appareil photo en bandoulière sort de l’espace

19h49
la méduse dansante était Alberto Sorbelli venu m’embrasser
me dire que je sens bon question que je me pose souvent aussi
par exemple est-ce qu’elle sent bon cette jeune femme bandoulière
puis-je m’approcher d’elle pour avoir confirmation
vais-je me lever non Max vient me parler se place à ma gauche
me raconte l’effet produit par mon texte vidéoprojeté
se déroulant de l’autre côté du mur dans le hall d’accueil
écriture performée et en parallèle de la performance
à ce moment un soubresaut du public détourne mon attention
une action se passe du mouvement des gens sortent subitement
ah ça correspond au moment où Thomas tout en continuant à parler
s’autorise à manger un morceau il s’est approché d’une table de bistrot
où trônent quelques abricots est-ce l’odeur des abricots secs ou
d’avoir vu Thomas manger ou de l’entendre mâcher qui provoque
cette débandade je m’empêche de penser que le public est idiot car c’est
l’idée qui m’a traversée à l’instant et si au contraire
le performeur et le public ne faisaient plus qu’une seule énergie ?
transe collective menée par le débit constant de la voix
d’ailleurs Thomas Schlesser change de souvenir
heureusement car je ne suis pas très contente de ce que je viens
d’écrire c’est un peu mauvais ah une incidence sur le public
/// le public tousse adossé à gauche
le public renifle
le public est malade
le public est contagieux
le public se relève
le public du Générateur est clairement à gauche
tous adossés à gauche

pourtant le public se fiche des techniciens
il entre pour voir le performeur et se dirige vers la lumière du projecteur
qui éclaire Thomas Schlesser
/// le public est papillon de nuit de gauche

credit-josselin-carre2

un immense bisou vient se poser sur ma joue et encore une fois me faire du bien c’est celui d’Hermeline je continue à écrire ah maintenant c’est Bernard qui revient s’asseoir près de moi me parler de ce qu’il pense de la performance de Thomas j’arrive à avoir une conversation à l’oral et à continuer à taper j’ai enfin trouvé mon débit à moi propre ma propre transe ma danse des doigts sur le clavier 20h18 environ une heure douze minutes de mise en route maintenant que je suis lancée je sais que je ne pourrai plus m’arrêter j’entends Thomas j’observe toujours le public et je suis bercée par les percussions des touches du clavier qui me dictent la musique des
mots dans ma tête et l’inverse est aussi parfaitement exactmaintenant je ne sais plus vraiment ce que j’écris toutes les barrières de la censure ont volé en éclat les sirènes de la voix de Thomas ont fait cessé toute forme de police intérieure d’ailleurs dans ma posture je suis comme un technicien invisible dans le Générateur technicienne musicienne et c’est agréable de me fondre dans cette invisibilité /// le public ignore pas mal les techniciens de la pénombre électrique je sens que je peux tout raconter tout dérouler que la voix silencieuse n’en est pas moins voix « C’est du Gombrowicz » me dit Bernard oui sans la pornographie un homme en pardessus beige est entré le genre de pardessus chic qui sert de vitrine aux critiques d’art contemporain pourquoi ces pardessus beige pour aller par dessus où franchement il s’est assis à droite Josselin Carré a déplacé à nouveau la caméra cette fois vers le fond du Générateur il tourne autour de Thomas Schlesser le débit de Thomas est plus opaque il déroule une anecdote douloureuse l’écoute du public s’est opacifiée aussi Josselin est allé s’adosser au mur d’abord debout ça me déconcentre de Thomas parce que c’est comme une danse avec son ombre en clair-obscur il finit par s’asseoir Bernard me dit qu’il a envie d’embêter quelqu’un il me propose de me remplacer qu’il va taper ce qui se passe dans la pièce et que je pourrai prendre des photos il me demande si j’arrive à taper sans regarder le clavier je lui dis oui « tu ne fais pas de fautes ? » si sûrement plein il me dit tu es très pro je ne sais pas si je préfère être pro pro oui ou pro non peut-être porno ça me fait marrer toute seule un homme vient d’entrer quand Thomas dit « et puis on rentre » l’homme s’avance un peu plus loin que les autres je m’aperçois qu’il y avait comme une sorte de périmètre de sécurité autour de Thomas l’homme reste debout une main sur la hanche gauche l’air pensif de très belles fesses Thomas parle d’un souvenir d’acouphènes l’homme s’avance encore c’est forcement un homme desinhibé oh lui je l’adore il prend une mousse pour la déplacer et la ramener tout près de Thomas je ne suis pas sûre mais je crois reconnaître la silhouette d’armoire musclée de Didier Julius Thomas parle de souvenirs éprouvants l’attention du public est toujours intime /// le public est totalement en position de psychanalyste maintenant je me demande s’il va faire payer Thomas pour la séance en sortant il recueille collectivement les anecdotes de Thomas je ne veux pas intervenir sur la performance mais j’en ai très envie irrépressible désir de me mettre à courir en effeuillant mes bracelets comme des roses de me mettre à vocaliser du lyrique d’aller m’asseoir près de Thomas de lui masser les épaules de lui essuyer les gouttes de sueur au front de modifier le sens de chaque jambe du public Bernard n’arrête pas de me parler il propose de me remplacer pour un moment je vais peut-être craquer c’est peut-être parce qu’il me pousse /// le public tousse adossé à gauche que j’ai autant envie de m’élancer dans l’espace mes doigts deviennent furieux 20h34 Virginia l’ordinateur tape Virginia mais je voulais dire Virgilia vient me proposer de manger un morceau Bernard me dit « tu vois tu as un truc à faire, laisse-moi taper » « tu as une fonction erase ? » « tu pourras toujours effacer, allez laisse-moi taper » j’aimerai bien laisser ma place à BB mais je ne peux m’arrêter de taper ah surtout que le public subitement se manifeste et parle /// public parlant c’est parce que Thomas Schlesser est parti pisser le public l’entend continuer à parler à travers la porte des toilettes il revient je viens de jeter un éclat de rire très fort dans l’espace comme une gerbe de fleurs j’ai ri à une blague de Bernard qui me propose d’écrire sans regarder et me ferme l’écran de l’ordi sur les doigts j’ai peur de faire des fuates si je ne ragarde pas il est temps d’enregistrer ce début de récit sur internet pur avoir une trace puis je pourrai laisser ma place vacante est-ce que j’ai un problème de contrôle à ne pas pouvoir laisser ma place de toutes façons ou est-ce parce que je commence à prendre du pliaisr à écrire n’importe quoi tout ce qui me traverse la tête sans me demander si quelqu’un me lit ah mais oui quelques personnes du public viennent de sortir ils peuvent me lire de l’autre côté du ur dans le hall mais je ne peux pas m’arrêter surtout que Thomas raconte dans sa crhonologie qu’il vient de se séparer avec A. et débute une histoire avec F. et parle d’un film sur Virginia Woolf qui peut faire pleurer justement l’ordinateur me corrigait en Virginia le prénom Virgilia dois-je y voir un signe qu’il est temps de lâcher cet ordinateur surtout que je ne dois pas me laisser happer par Thomas je dois continuer à observer le public Bernard s’est levé et a traversé la salle d’un pas alerte Amandine est venue me dire qu’il me faut décaler la fenêtre un petit peu vers la droite pour que l’écriture se voie bien sur le vidéoprojecteur voilà l’argument véritable il me faut vérifier si mon écriture est bien comme le dit Amandine un peu trop à gauche je dois aller le constater de mes propres yeux je sais bien que si je laisse l’ordinateur quelques minutes Bernard va s’en emparer cela dit je suis sortie un peu de mes impératifs d’observations du public /// et l’activité du public est précisement à l’électroencéphalogramme et au calme plat 20h53.

20h53,
Je me rappelle, je me souviens, je pense que… Je me rappelle, je me souviens, je pense que … Je me rappelle, je me souviens, je pense que… 22h le sofa fume, légèrement, sur le côté droit, là où c’est un peu plus usé. P. a acheté le sofa chez Conforame mardi 3 juin 1999 2200 francs. P a emprunté 1000 francs à son frère C. P a usé le sofa, plus que C sa femme pendant 39 ans. P et C sont morts. Y et G, leurs deux enfants ne savaient pas quoi en faire. Ils en voulaient 55 euros. Il a été vendu 35 euros par Emmaus. Le coût du transport a été de 50 euros.
Le sofa fume. Thomas ne voit rien, ne sent rien, n’entend rien. Comment lui dire ? Il faut lui faire des signes.
Le sofa fume. C’est à cause de P.
Y va venir ce soir. Il ne sait pas pour le sofa. C’est G qui l’a mis dans la rue.
Le sofa fume. On peut voir au travers. Il n’y a pas de flammes.
23h Les pompiers arrivent. Enfin.
J’ai envier de pisser
J’ai oublié l’artiste
Mais c’est pas vrai
Je pense je fais slach la beauté
avec ce livre qui sort quand
il sort fin 2010
ça ne s’est pas trop mal passé
tout ça pour dire
avec Yves le dentiste
manque le corps
la déglingue
quel confort
il est du côté du pouvoir
de la parole sous contrôle
un endroit pour faire faire des chaussures sur mesure
un témoin de sa caste
un chat
un bon chat
je ne l’imagine pas en train de baiser
pas possible
plusieurs paires, notamment
je m’étais fait faire des chaussures
et puis sa mère
une expo sur le nu tout court
une expo sur la couleur
une expo sur l’échec tout court
une expo sur l’expo sur l’expo
toujours un peu le même schéma
il vient de se redresser
au moment de parler de Deborah
soirée délicieuse
finalement tout ça lui va
ce jour-là c’était le jour
là, il est déplié dans le canapé
là, il s’est replié toujours la main sur le rebord
jambes croisées, rue 89, Beaux-Arts,
au moment où ce livre sur la censure sort, sort,
soucieux, autocensure, autosoucieux,
non est, et là, le livre quand il sort, sort,
cela parle, cela censure, cela s’autoparle,
Alberto apparaît dans le récit, coupe,
après la rupture avec A.
complètement ami avec L.
L. est présente, sa mère aussi
Alberto est là,
rencontré au moment où il écrivait le dernier chapitre sur son livre sur l’autocensure,
il n’arrive pas à retrouver la rue, il le flatte,
la qualité de son intelligence,
est-il couillu,
Anne Dreyfus est conviée, rend hommage,
c’est la rentrée, chaque fois il dormait chez Mélanie, la première performance, ici, il vient en Vélib, il y a un peu de pluie, il peste intérieurement,
intérieurement, il peste,
ça ne sent pas,
il ne se rappelle pas,
il se souvient du nom de Da Silva,
Silva, dont la ressemblance avec,
pourquoi il ne s’interrompt pas,
dont la ressemblance avec Serge Lama,
le frappe,au moment où,
les gens autour

21h29 je recupère l’ordinateur quelqu’un s’en était emparé (François Durif ? Bernard Bousquet ? François Durif invité par Bernard Bousquet ? Quelqu’un du public ?)
un trou d’une demie et les mousses ont été rapprochées par le public
Thomas est sur le Pont L’Eveque dit qu’il s’est fait cracher à la figure par Eric Da Silva
/// le public est d’une passivité à pleurer
sensation dans l’embrasure de la fenêtre imaginaire ça me gratte par ici l’idée
finalement je ne m’intéresse qu’au public qui devient acteur c’est d’ailleurs
la question au centre de mes performances le public qui devient force agissante
d’ailleurs c’est étrange que cette anecdote Schlesser / da Silva ne donne
ni idée ni réaction au public public qui crache public qui rit public qui chante
/// public qui réagit j’attends quelque chose qui n’arrive pas ah tiens si le public rit à une anecdote
oh mais non c’est parce que Mélanie est végétarienne que tu ris public
quoi pourquoi c’est un rire cathartique venant libérer des tensions accumulées
au plus profond de tes problématiques quotidiennes du moment la question du végétarien
moi ma problématique du moment c’est jusqu’à quel point dévoiler l’intime et le personnel
dans une performance ou même dans la vie dans quel mesure l’autre en face est capable de
recevoir l’intime l’intime en pleine face ça c’est ma question du moment
là par exemple le public de Thomas est très beau vraiment beau
il y a un corps collectif de seulement une vingtaine de jambes
des jambes qui ont peut être mal aux articulations qui voudraient peut être
être pressées par des mains de masseuses thaïlandaises qui viendraient dans le noir
leur dénoueraient les noeuds et les tensions

21h45
j’ai envie d’un massage deux mains sur mes épaules je crois que j’ai besoin qu’il se passe
quelque chose en interaction avec le performeur
ah un homme entre enfin un peu de grain à moudre à mon dispositif
l’homme élégant traverse la salle et fait claquer le bruit de ses talons
il doit posséder une paire de chaussures avec une semelle en cuir
je reconnais la façon italienne ce sont sûrement des chaussures très onéreuses
j’ai développé un fétichisme pour le son des semelles sur le sol
et surtout dans cette salle du Générateur dont le sol est magnifiquement retentissant

pardon j’ai besoin qu’il se passe quelque chose en interaction avec le performeur
avant de partir mon dernier geste sera de faire une sauvegarde sur internet au cas où tout disparaisse
j’ai le besoin impérieux que la frontière artiste et public soit transgressée
pardon je dois faire une pause pour aller m’asseoir sur l’ottomane avec Thomas
à tout à l’heure

credit-josselin-carre1

22h16
Ici
on constate que le mot Performance
utilisé toujours à tort
on peut ici l’utiliser a raison
pour définir ce qui se passe aujourd’hui
ici

pourquoi ?

il y en a beaucoup qui peuvent répondre
de manière très différente
mais 9 personnes donneront la même réponse

en général je donne une réponse standard apprise
fondée sur une base scientifique de linguistique

maintenant j’ajoute le résultat de l’expérience…
De vive voix à qui me demanderais

Alberto Sorbelli 0616347470

22h45
L’Univers sans l’Homme

Rembrandt 80 autoportraits …
A 80.000 autoportraits
Schlesser laisse tomber le candidat distrait

La Performance du formidable Thomas Schlesser
entre dans la dernière Heure
moins 59 minutes
moins 58 minutes
moins 57 minutes
moins 56 minutes
moins 55 minutes
54 étage

Scheller monte au Bar Hotel Hyatt Shanghai

Alberto Sorbelli

23h04
Se mettre à nu est difficile. La sincérité également. Des moments qui oscillent, un rire un peu trop forcé, et une émotion palpable qui surgit… Entre façade et réalité. La vie entre petits moments anodins, parfois cons, on se rappelle de choses insignifiantes qui se mélangent avec des étapes, des jalons, des revirements qui font que votre existence ne sera plus jamais la même.

Le choix des mots, bucolique, des mots jolis, plein de doubles sens, le secret. Cette étrangeté de raconter des choses si personnelles à des gens qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam.

Aurore, je crois, dit souvent que le Générateur est un ventre, un giron, ou peut-être est-ce un autre artiste, je ne me rappelle plus. C’est ce qui ressort, là, le public est lové, dans différentes positions, écoutant la douce mélopée, les souvenirs, ce qui se passe au dehors, sans pouvoir forcément rentrer dans la réalité de ce qui est dit. A la fois au plus proche et au plus intime, mais avec une sorte de barrière.

Virgilia Gacoin

23h18
je reprends le clavier au moment des souvenirs de sensations sur la peau
au moment de la plongée sous drogue artificielle dans l’eau d’une piscine
/// le public s’est autorisé à nager d’ailleurs dans le Générateur
le public a beaucoup bougé depuis notamment que je me suis levée pour
aller poser mon cul sur le canapé auprès de Thomas Schlesser
ça a dut libérer une sacrée tension c’est tout à fait zertyuiop
encore une facétie de Bernard Bousquet qui me dit je te jure parfois au piano
on joue comme ça poiujhgfytdcghvnbjk et ça marche je te jure ça marche
JE TE JURE ça marche oui tout le monde commence à être épuisé la fin de la performance
approche et nous aspire oui je suis aspirée par la position ‘devenir public’
et désirerai ne faire simplement que retranscrire ce que dit Thomas
tiens essayons par exemple là il parle de drapeaux danois il dit
que le 12 novembre 2015 il était à Oslo non je ne peux pas ne faire que retranscrire
j’ai envie d’exprimer mes pensées aussi tiens pourquoi parle t’il précisément de cette date là
parce que ce jour-là justement c’était mon anniversaire
ah parce qu’il a appris la nouvelle des attentats à Paris alors qu’il était à Olso
mais les attentats au Bataclan ont eu lieu le lendemain chéri qu’est-ce que tu dis
tu es déjà fatigué oui le 13 novembre 2015 je m’en souviens bien aussi à ce moment je traversai
une des pires périodes de ma vie on peut le dire à ce moment-là j’avais perdu la voix
depuis deux semaines et je restai cloîtrée dans mon salon sans parler
la veille pour mon anniversaire quelques amis étaient passés de force
alors que j’avais demandé à ne voir personne et m’avaient m’amené du chocolat
quelques vinyls et m’ont conté des histoires dans les cheveux
une âme bienveillante m’avait scotché la bouche pour me rappeler que je n’avais pas
le droit de l’ouvrir et le fameux lendemain soir des attentats
j’ai reçu un appel très tard de l’homme que j’aimais
tant de proches étaient morts j’aurai dû être bouleversée mais je ne pouvais m’ôter
ce sourire indécent du fait qu’il m’avait appelée pour savoir si j’étais bien vivante
la situation était drôlement cocasse d’un côté je m’envolai de joie à la seule vision
de son prénom s’affichant sur mon téléphone et de l’autre je ne pouvais pas lui parler
mais dans ce moment de choc extrême la chose la plus importante au monde pour moi
c’était de décrocher pour entendre sa voix à propos de décrocher j’ai complètement décroché là
des anecdotes de Thomas de son public de ma posture rhohf comme à chaque fois que je repense à …
23h58 Thomas rit je crois qu’il est arrivé au bout de son épuisement
en litanie il répète « je me rappelle je me rappelle » pour chercher à ancrer un dernière souvenir frais
en 2016 « je me rappelle je me rappelle … être allé voir l’exposition l’Oeil de Baudelaire en ce septembre »
oui Thomas, j’y étais moi aussi, nous y étions avec quelques amis et quelques parapluies au vernissage
de cette belle exposition au Musée de la Vie Romantique, et dans la très belle cour de cet endroit ravissant
j’ai même recroisé ce soir-là Cyrille qui est justement je le sais dans le hall
à me lire en direct sur le vidéoprojecteur
et me voilà à nouveau prise dans les filets de la voix de Thomas
« mon beau navire ô ma mémoire
avons-nous assez navigué
dans une onde mauvaise à boire
avons-nous assez divagué
de la belle aube au triste soir »

la lumière se rallume progressivement dévoilant /// des larmes du public coulant sur des joues
et tous les visages qui n’étaient que silhouettes dans la pénombre
/// le public ému applaudit le performeur
qui d’affilée est resté dix heures
sans interruption à parler /// le public applaudit et salue le performeur qui leur dit « vous êtes des fous »
j’écoute les applaudissements il y a une musique des applaudissements sincères
elle est légérement différente de celle des applaudissements mécaniques
et là ils sont authentiques ces applaudissements du public essayant de retenir
encore un peu de la chanson du mal-aimé d’Apollinaire déclamée à l’issue de sa performance
et je me dis que pour applaudir de la sorte, le public a du bien-aimer In memoriam de Thomas Schlesser
cut

poésie de l’origine, vendredi 14 octobre 2016, aurore laloy puis collectivement bernard bousquet, françois durif, alberto sorbelli, virgilia gacoin, le public de Thomas Schlesser et le générateur, frasq 2016